Par ĐẶNG Đình Cung, socialiste châtenaisien

Dans sa quête des voix du Front National, l'UMP ne recule devant rien. La circulaire Guéant en est une preuve.
Il existe en France sept types de carte de séjour :
- carte de séjour temporaire "vie familiale",
- carte de séjour temporaire "salarié",
- carte de séjour temporaire "travailleur temporaire",
- carte de séjour portant la mention "compétences et talents",
- carte de séjour portant la mention "retraité",
- carte de séjour temporaire "étudiant-élève",
- carte de séjour temporaire d'un an maximum.
Ce qu'on appelle "circulaire Guéant" est une circulaire du 31 mai 2011, signée par l'actuel ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, interdisant la transformation de la carte de séjour temporaire "étudiant-élève" en carte de séjour temporaire "salarié". Il ne s'agit pas d'un malentendu qu'il a, soit disant, corrigé avec son autre circulaire du 12 janvier de cette année.
Déporter quelqu'un qui a vécu une partie sa vie dans notre pays n'a rien de charitable. Mais laissons cette question aux professionnels de la morale pour nous pencher sur l’intérêt de la France, seule préoccupation officielle de ce ministre.
En effet, il ne s'agit pas d'une banale circulaire contre des sans-papiers, ces malheureux qui fuient la misère et/ou la guerre dans leur pays pour, sans en être autorisés, venir demander la protection de la France, qu'ils croyaient grande et généreuse. Celle-ci vise des jeunes que nous avons autorisés à venir faire des études dans notre pays après avoir vérifié qu'ils en ont les capacités intellectuelles et les moyens financiers. Ce sont des citoyens du monde pour qui la France n'est qu'un pays comme un autre. Si la France ne veut pas d'eux, ils iront ailleurs où ils trouveront peut être mieux. Pour beaucoup d’étudiants chinois et vietnamiens, la France n'est que le deuxième choix. Après leurs études, la majorité d'entre eux vont dans un autre pays diversifier leurs expériences avant de rentrer travailler chez eux. Cette circulaire ne gêne que quelques centaines de thésards en cours de rédaction de leur thèse.
En phase "étudiant", ils participent à l'animation économique et culturelle. Comme les jeunes de leur âge, outre les dépenses courantes, ils achètent des livres, des disques, du matériel informatique,... Ils vont au café, au cinéma, au théâtre, visitent les musées, sortent en boîte, voyagent,... Ce sont des consommateurs qui ont un pouvoir d'achat supérieur à celui de leurs camarades français. Sauf pour les boursiers du gouvernement français, toute cette consommation est financée par de l'argent envoyé de l'étranger et qui améliore la balance des paiements de notre pays.
En phase "salarié", avec leur formation de haut niveau, ils contribuent plus que la moyenne à l’économie française et ont donc de plus gros salaires. Qui dit gros salaires dit gros impôts et grosses cotisations sociales. Comme ils sont jeunes, les seules prestations sociales qu'on leur doit se réduisent, au grand maximum, à l'allocation maternité, à l'allocation familiale, au remboursement de rares soins médicaux, aux lunettes et aux prothèses dentaires. Ils ne touchent pas encore la retraite. Ils ne sont donc pas une charge pour la France. Au contraire, ils paient plus à la France que la France ne leur donne.
En phase "retour au pays", ils développent les relations commerciales entre la France et leur pays natal. Ils peuvent représenter leur ancien employeur français beaucoup plus efficacement qu'un expatrié parce qu'ils connaissent bien leur pays. Même s'ils ne travaillaient pas pour un employeur français, avec le carnet d'adresses qu'ils se sont constitué pendant leur séjour chez nous, il y a plus de chances qu'ils entretiennent des relations commerciales de préférence avec la France qu'avec un autre pays.
Voilà des gens qui améliorent notre balance des paiements et qui comblent notre déficit des comptes de l’État, de la sécurité sociale et du commerce extérieur que ce ministre veut mettre à la porte comme des malpropres !
On pourrait dire que cette circulaire n'est qu'une manœuvre provisoire pour conquérir les voix frontistes aux prochaines présidentielles, qu'on annulera après les élections et que, d'ailleurs, on a déjà amendée. Malheureusement, du seul fait que cette circulaire est signée, les esprits brillants, qui pourraient venir contribuer au rayonnement de notre pays dans le monde et qui ont déjà une image d'une France frileuse pas très accueillante, ne voudront plus venir chez nous, même sur invitation officielle. Elle laissera des traces que le nouveau président, de quel bord politique qu'il soit, mettra longtemps à effacer.
Comme dirait Antoine Boulay, député de la Meurthe en 1804, la circulaire Guéant est non seulement un "crime" (contre la conscience humaine) mais, pire, une "faute" (contre l’intérêt à long terme de la France).